Pourquoi la cueillette sauvage ?
Tout commence par une idée.
« On protège ce qu’on aime, et on aime ce qu’on connait » Jacques Cousteau
Pour cueillir, il faut apprendre à nommer et à reconnaître les plantes. Et en chemin pour reconnaître, il faudra apprendre à observer attentivement, à s’oublier dans cette observation, à se fondre un petit peu dans l’Autre.
Approchez vous d’une plante et prenez le temps de l’observer attentivement. Sa couleur, ses nervures, sa texture, ses poils. Froissez-la, sentez son odeur. Revenez l’observer quelques semaines plus tard, regardez émerveillés la fleur se changer petit à petit en fruit, puis le fruit se dessécher et libérer ses graines. De l’observation de la nature on ne peut tirer qu’un seul enseignement, central : tout est parfait. Et de cette perfection, nous les humains ne sommes pas exclus. Tout est là pour nous nourrir et nous guérir. Il suffit d’apprendre à regarder, à reconnaître.
Voilà ce que nous amène la cueillette sauvage : la reconnexion à notre environnement (et par là, à nous-mêmes), l’émerveillement, et un bon pas vers plus d’autonomie. C’est tout cela que j’ai envie de vous partager !
Apprendre à reconnaître les bourgeons - éloge de l’inutilité
Tout commence par une idée.
Pendant les fêtes, j’ai dit à mes proches que je voulais apprendre à reconnaître les arbres en hiver à partir de leurs bourgeons, pour ensuite le transmettre lors de mes sorties.
On m’ont répondu que ça n’intéresserait personne parce que ça n’avait pas d’utilité, de connaître les bourgeons.
Quelques jours plus tard, je suis quand même partie dans la forêt, munie de ma loupe, mon livre d’identification et toute ma curiosité.
Pour la première fois de ma vie, j’ai pris le temps d’observer attentivement les bourgeons des arbres dénudés.
Certains sont aussi gros qu’une bille quand d’autres sont minuscules. Certains sont rouges sang, d’autres sont d’un noir profond, certains sont verts et la plupart épousent tout le nuancier du marron. Certains sont recouverts d’un duvet doré, d’autres sont collants et visqueux, certains sont mats comme des galets et d’autres soyeux comme le pelage d’un persan. Sur les branches de certains arbres, les bourgeons poussent si proche les uns des autres et avec une telle régularité qu’on dirait des écailles de poisson, quand d’autres ressemblent à des petites cornes de sorcières. À observer ces bourgeons, en l’espace de quelques heures, je me suis oubliée. Je n’étais plus qu’une paire d’yeux émerveillés devant la diversité, la perfection et l’ingéniosité de la vie sauvage.
Alors, dans cet état de plénitude, un peu hors de moi, dans cet état que je ne peux atteindre que lorsque je passe du temps dehors, j’ai repensé à ce que mes proches m’avaient dit la veille. Et j’ai pensé : ce n’est pas vrai, ça ne sert pas à rien. Mais ça n’a pas d’utilité.
C’est vrai que souvent, on se tourne vers les plantes sauvages afin d’ apprendre à reconnaître celles qui nous sont utiles ; c’est-à-dire celles que que l’on peut manger et celles qui nous soignent. Mais je crois qu’on se détourne vite de ça, ou peut-être même que cette utilité n’a été qu’un prétexte pour se rapprocher du monde végétal tout en faisant croire à notre esprit productif qu’on restait des êtres productifs. Moi je crois qu’en réalité ce qui nous attire dans les plantes sauvages n’est de l’ordre ni du productif ni de l’utile. Je pense que cet attrait réside dans quelque chose de beaucoup plus profond : un besoin d’être émerveillé devant la puissance de la vie, du vivant, cette chose si vaste qui nous dépasse, mais devant l’intelligence de laquelle on ne peut que rester interdit.e.
Alors voilà : j’ai commencé à étudier les bourgeons. Et je vais continuer. Et même, je vais vous partager plein de choses sur les bourgeons.
P.S. à l’attention des méga sceptique qui restent insensibles à la délicatesse des bourgeons malgré la lecture de ce texte : en fait, savoir reconnaître les bourgeons c’est vachement utile, puisque ça permet de faire des préparations en gemmothérapie, qui sont peut-être les préparations les plus puissantes qui existent en herboristerie. Allez salut !